Voyager seule en tant que femme en Algérie

Témoignages voyageuses

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Suite à ma vidéo Don’t go to Algeria,  j’ai eu beaucoup de questions de la part de voyageuses qui souhaitaient savoir s’il était possible de visiter l’Algérie en tant que femme seule. Etant un homme (en tout cas j’espère que vous l’aviez remarqué 😁), je me voyais mal répondre à cette question. J’ai donc recueilli les témoignages de deux femmes ayant voyagé en Algérie : Arméline et Cindy. J’espère que ces informations seront utiles aux voyageuses qui aimeraient découvrir ce magnifique pays. Pour celles et ceux qui sont déjà convaincus, n’hésitez pas à jeter un œil à mon guide pratique pour organiser votre voyage.

Pour ceux qui auraient la flemme de tout lire, j’ai relevé les principales conclusions de cette petite « enquête » :

  • Il est possible de voyager en tant que femme seule en Algérie
  • Cela suppose malgré tout de prendre en compte la diversité de cultures et de mœurs. Certains algériens sont très ouverts d’esprit et d’autres sont très conservateurs (pas besoin de porter un voile mais les shorts, débardeurs etc. ne sont pas vraiment appropriés, éviter de fumer dans la rue…)
  • Certains hommes peuvent se montrer assez insistants voire « lourdauds » dans la drague de rue, notamment à Alger. Si cela vous arrive, le mieux est de les ignorer
  • Même si vous partez seule, vous ne voyagerez probablement pas seule tant les algériens sont accueillants
  • Il est assez facile de trouver des contacts fiables sur place pour vous faire visiter les endroits intéressants

1 – Pouvez-vous nous parler un petit peu de vous, vous présenter ?

Armeline a 36 ans, est menuisière et a choisi le mode de vie nomade il y a 8 ans. Depuis elle vit seule avec son chien dans son van entre les routes de France et du Maroc. Mère depuis 8 mois, revenue de voyage depuis 4, son premier voyage en Algérie date de 2003 avec un ami Algérien. La famille rencontrée là-bas lui a fait promettre de revenir, et ce fut chose faite l’année dernière malgré quelques difficultés, puisqu’en 2015 l’enlèvement d’Hervré Gourdel lui fait reporter son voyage à l’année suivante.

Arméline prenant la pose dans les rues d'Alger

Arméline prenant la pose dans les rues d’Alger

Cindy, elle, a 24 ans et est étudiante en master communication à Toulouse. Elle tient un blog voyage, musique et lifestyle et c’est à l’occasion du mariage de la sœur de son compagnon qu’elle s’est rendue pour la première fois en Algérie en 2016. Selon ses dires le dépaysement était au rendez-vous : « si vous n’avez jamais assisté à un mariage arabe, je vous le conseille c’était génial ! » Accueillie par la famille Algérienne de la mariée, Cindy a découvert la culture du pays, curieusement presque seule en tant que française sur le sol Algérien « j’ai surtout remarqué qu’en octobre il n’y avait aucun touriste, mais apparemment ils ne sont pas nombreux toute l’année déjà… ».

 2 – Pourquoi êtes-vous partie en Algérie ? Voyagiez-vous seule ? Pourquoi ?

Dès sa plus tendre enfance, Armeline a été bercée par les récits de son grand père, en service militaire à Oran. Les récits de Charles de Foucault et le souvenir de ses amies d’enfance, filles de harkis n’ont fait que confirmer cette fascination pour l’Algérie.
Bénéficiant d’un visa familial suite à son mariage avec un Algérien, Armeline est autorisée à rester 3 mois sur le sol Algérien. Suite à son divorce elle part en solitaire avec son chien, son camion et son sac à dos au Maroc. Cette aventure lui a permis de découvrir la culture de l’Islam, ses codes parfois complexes dévoilés par des jeunes algériens sans papiers rencontrés sur le chemin.
« On connait tous un Algérien qui connaît quelqu’un qui peut nous aider » affirme Armeline, elle-même se rappelle s’être fait accueillir à l’aéroport par le frère d’un ami.  « Une européenne seule avec un chien et un sac à dos, c’est facile à trouver » ajoute-t-elle avec un sourire.
En réalité, on peut partir seule mais rarement voyager seule. Armeline le sait bien, à Alger elle n’est jamais seule ! « Je suis arrivée dans la belle famille du frère du copain en banlieue, on me dépose en centre-ville, on s’occupe de mon chien la journée, quelqu’un me rejoint pour visiter, manger, m’escorter, me balader, faire le guide… c’était génial … ».
Cependant même si elle a pu compter sur des amis d’amis pour rester avec elle 3h attendre un bus qui accepte son chien à bord, Armeline apprécie également la solitude et le voyage loin de toute cette sollicitude, pourtant très ancrée dans le quotidien des Algérois.
Cette culture du partage est effectivement ce qui transparaît le plus en Algérie pour Armeline, malheureusement perdu dans les villes occidentales selon elle « dans le bus, les gens viennent te parler, t’offrir un jus de fruit, un thé… Certaines personnes rencontrées dans la rue m’ont accueilli chez eux pendant une semaine ! »

Arméline habillée en tenue traditionnelle kabyle

Arméline habillée en tenue traditionnelle kabyle

Concernant la possibilité de partir seule, Cindy est sûre d’une chose « au vu des derniers événements, je ne suis pas plus en sécurité à Londres qu’à Alger ! », et si elle n’exprime pas l’envie de partie seule, c’est plus pour des raisons culturelles que sécuritaires. En effet, en tant que pays peu touristique on trouve peu d’auberges de jeunesses en Algérie, et c’est cette ambiance qu’aime tout particulièrement Cindy. Elle n’aime pas seulement la découverte d’une seule culture mais plutôt celle d’une multitude, à la rencontre d’étrangers dans un pays qui n’est ni le leur ni le sien.
Cependant, elle ajoute « il est difficile en Algérie qu’une femme seule aille dans un bar le soir et c’est peut-être cette place que la femme a en Algérie qui me frustrerait dans ce que j’aime faire en voyage ».

3 – En voyageant seule, avez-vous déjà fait des mauvaises rencontres ? Que conseillez-vous aux femmes souhaitant voyager seules en Algérie ?

Armeline a voyagé seule pendant 2 mois, en utilisant régulièrement le bus, le taxi collectif, le train, les maisons d’hôtes … Elle confirme très clairement les propos de Cindy : « A aucun moment je ne me suis sentie en insécurité ! ».
Même si Armeline a pu passer des moments extraordinaires avec des inconnus rencontrés au fur et à mesure de son chemin, elle n’est tout de même pas du genre à sortir seule le soir. Selon elle peu de gens sortent une fois la nuit tombé (une habitude qui découle de la décennie noire en 90).
Très débrouillarde et ouverte, sa facilité d’intégration dans la culture locale a permis à Armeline de se faire inviter à plusieurs mariages, faire la fête dans la palmeraie de Beni Isguen, profiter des conseils avisés de guides locaux, et surtout faire énormément de rencontres, qui, une chose est sûre, n’auraient pas été possibles si elle n’était pas partie seule.

Danse traditionnelle à Ghardaïa

Danse traditionnelle à Ghardaïa

Grâce aux Algériens qui l’ont accueillie, Cindy a pu récolter beaucoup de conseils concernant les femmes : « déjà lorsque je faisais ma valise, les mini-shorts ou jupes, les hauts un peu décolletés ou autres habits du genre sont à bannir ». Effectivement c’est une question de culture, les femmes sont souvent plutôt couvertes dans le pays même s’il fait chaud.
Pour elle un voyage seule se fait en prenant plusieurs précautions assez simples, qui reposent sur du bon sens mais aussi selon quelques impératifs culturels spécifiques au pays. Par exemple « l’erreur est de faire la bise à tout le monde ! Si effectivement on peut faire la bise aux femmes, on ne fait pas la bise aux hommes sauf si ceux-ci sont considérés comme la famille ».
Un autre exemple concerne les fumeuses, en effet traditionnellement les femmes ne fument pas dans la rue, sous peine de passer pour des prostitués « c’est donc comme ça que je voyais des femmes se cacher pour fumer dans les toilettes ou dans des coins isolés ».
En règle générale, il est conseillé de boire et/ou fumer dans les lieux adéquats, tels que des bars ou restaurants qui acceptent ces pratiques (certains servent même de l’alcool). Le compagnon de Cindy pense quant à lui qu’il vaut mieux que les femmes évitent de voyager seules. Il ajoute que même si de très bonnes rencontres sont possible, l’inverse l’est également. Mais dans quel pays cela n’est-il pas vrai ?

4 – Quel est votre meilleur souvenir ?

Plusieurs moments viennent à l’esprit d’Armeline lorsqu’elle parle de son meilleur souvenir, celui d’une journée passée à Alger avec un chauffeur de taxi, »le frère de la belle soeur du frère d’un ami » précise-t-elle en riant, pendant laquelle elle n’a pas arrêté de rire… Ou encore une journée à Tipaza avec Ahmed, un homme très cultivé. Tous ses souvenirs sont associés à une ou des rencontres rendues possibles par sa liberté d’action, pouvoir « se lever, et ensuite changer d’avis » est pour elle une merveille du voyage en solo. Mais en plus de l’indépendance, voyager seule permet de faire plus de rencontre : « Si je voyageais en groupe, je ne pourrais pas rencontrer toutes ses personnes… Elles viennent vers moi parce qu’elles me voient seule ! »
Pour finir Armeline souligne que pour elle, la force de l’Algérie, c’est l’absence du tourisme de masse qui a « préservé » les populations locales du mode de vie et de la « surconsommation » occidentale. Elle y a trouvé des « âmes pures » et se promet d’y retourner rapidement.

Contrairement à Armeline, Cindy déplore l’absence d’ouverture au tourisme du pays : « Quand on pense à une destination touristique, on pense très peu à l’Algérie et pourtant le pays est magnifique. Malheureusement, le tourisme y est très peu développé… ».
Pourtant, « je me suis sentie en sécurité » ajoute-t-elle, et maintenant que le pays lui est plus familier elle aimerait y retourner pour visiter encore plus d’endroits car l’Algérie « regorge de magnifiques paysages » !
Pour Cindy c’est l’explosion culturelle du mariage Algérien auquel elle a assisté qui lui a laissé le meilleur souvenir « c’est un vrai moment de fête en Algérie et tout le monde est heureux ! ». Même si l’alcool est aux abonnés absents, Cindy se rappelle de ce jour comme un grand moment de convivialité où elle a appris beaucoup de choses sur la culture Algérienne : « Les femmes s’habillent de leur plus belle robe, les hommes de leur plus beau costume, même les enfants sont magnifiquement bien vêtus et tout le monde se déhanche sur la piste de danse ».

Pour celles qui souhaiteraient creuser le sujet, vous pouvez également lire cet article récemment paru sur Rue 89. La journaliste y parle du combat de certaines femmes pour revendiquer leur droit de se baigner en bikini.

Un grand merci à Cindy et Arméline pour leur témoignage !